En 1998, l'Autotune était un effet.
Quelques années plus tard, c'est devenu une preuve.
La preuve qu'un type avait triché avec sa propre voix.
La machine ne corrigeait pas seulement la faille. Elle retirait du mérite.
Le sampler avait pris la même gifle. Photoshop aussi. Chaque outil qui a permis de produire autrement a reçu le même procès. Trop facile. Pas mérité. Pas fait pour de vrai.
Puis la machine est entrée dans le décor. Le jury s'est retiré. Et la suivante est arrivée.
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L'IA consomme trop d'eau. Trop d'électricité. Les data centers chauffent. Les chiffres existent.
Le problème commence quand un doigt choisit une cible.
Et qu'il pointe le type qui génère une image de chatons avec Gemini — pour rire. La femme qui demande à Grok de l'habiller en mariée — juste pour voir.
Il pointe moins souvent Instagram ou TikTok. Encore moins le cloud gaming. Google Ads. Meta Ads.
Des machines énormes. Installées. Invisibles.
Qui consomment en continu. Qui mesurent le temps humain. Et le revendent.
Personne ne demande à YouTube combien de litres d'eau coûte une soirée d'autoplay.
Pas parce que YouTube serait propre.
Parce que YouTube est devenu le décor.
Le scroll infini ne choque plus. Le flux permanent est intégré. Il fait partie des murs.
On ne demande pas au papier peint son bilan carbone.
Ce n'est pas un vice individuel. C'est un choix de civilisation.
À un moment difficile à dater, la consommation passive est devenue le chemin de moindre résistance.
Scroller coûte moins cher que chercher. Commander coûte moins cher que cuisiner. Conduire coûte moins cher que marcher.
Pas en euros. En friction.
Un monde entier s'est construit sur cette pente. Des industries entières ont été optimisées pour que le geste disparaisse, que le flux remplace le choix, que l'inertie devienne le mode par défaut.
Fabriquer la pente. Accuser la chute.
Le scroll est passif. Le prompt est actif.
Les deux consomment de l'énergie. Un seul est attaqué.
Trois heures de scroll le soir ne dérangent presque personne. C'est normalisé, invisible, structurel. La passivité ne laisse aucune pièce à conviction. Rien de visible.
Elle avale des heures.
C'est tout.
Le prompt, lui, produit quelque chose.
Même pauvre. Même raté. Même ridicule.
Et c'est précisément ce qui dérange : pas seulement la consommation d'énergie, mais le fait qu'un individu ordinaire ose fabriquer.
Sans diplôme. Sans maîtrise. Sans droit d'entrée.
Le procès ne juge pas seulement une dépense. Il cherche une faute.
Alors le doigt change de cible. Il ne pointe plus seulement l'eau. Il pointe le plaisir.
Plaisir utile contre plaisir futile. Plaisir noble contre plaisir coupable.
Ce tri n'a rien de neuf.
La télévision était une défaite de l'esprit. Le jeu vidéo, une fabrique d'abrutis. Internet, une poubelle ouverte. Chaque fois, le même soupçon : trop facile, trop disponible, trop pauvre pour être respectable.
Puis l'usage s'installe. La faute s'évapore. Le vieux vice finit en papier peint.
Jusqu'au prochain outil.
Pour beaucoup, prompter ChatGPT, c'est ce geste minuscule : écrire une phrase, et voir quelque chose apparaître.
Une connerie. Un rêve. Une robe.
Rien qui mérite un procès.
Sauf si le tribunal était déjà là.
L'eau est réelle.
Le sujet, c'est qui on regarde quand on cherche un coupable.
Marc Joliey
& Team X
Une fois par mois, le genre d'email qu'on ouvre en premier.
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